MUSIQUE : LES STONES À « BLOODSTOCK »

La levée des restrictions sanitaires de l’été annonce le grand retour des festivals et autres concerts. Profitons-en pour nous pencher sur le festival le plus tristement célèbre, qui a coûté la vie à 4 personnes et fini d’enterrer le flower-power. Suivez-moi, Mama Pitch a un accès backstage pour le festival maudit d’Altamont.

Altamont, ce nom, comme un monde sans covid, doit vous évoquer vaguement quelque chose.
Si ce n’est pas le cas, je vous rafraîchis la mémoire : Il s’agit d’un festival gratuit organisé par les “Rolling Stones” en décembre 1969 à Livemore en Californie, pour clôturer leur tournée américaine en apothéose.
Il restera effectivement dans les mémoires mais comme un fiasco mortel dont Mick Jagger refuse encore de parler aujourd’hui.

“YOU CAN’T GET ALWAYS WHAT YOU WANT”

Un festival gratuit ? Cool !
Organisé en 3 jours ? Ah…De suite beaucoup moins.

D’où vient cette idée aussi saugrenue qu’un chat végan me direz-vous ?
Vous savez en ce temps-là, le groupe des pierres qui roulent n’amasse pas mousse. (éloignes-toi de ce bouton de désabonnement, en douceur). 
Le public lui reproche le prix exorbitant des places de concert et les produits du star-system que ses membres sont en train de devenir.
Je ne vous apprends rien mes petits sablés bretons si je vous dis également que les “Rolling Stones”, bien qu’hyper-médiatisés et au sommet de leur gloire, hérissent les poils rectaux de beaucoup de coincés du fondement : “leur musique est violente”, “ils prônent l’utilisation de drogues”, “leurs concerts se terminent avec de la casse”, “Gna gna gna…”. 
En deux mots comme en cent : sulfureux et subversifs.
Bref, c’est ainsi que les Stones se font recaler au festival du siècle : Woodstock, symbole suprême du mouvement hippie.
Pas grave, les Stones vont organiser LEUR Woodstock, et pour être géographiquement équitable, il décident de le faire à la sauce West-Coast.
Et comme dans les réceptions de l’ambassadeur, il y aura du beau monde, je vous prie de me croire : “Carlos Santana”, “Jefferson Airplane”, “Crosby, Stills, Nash and Young”, “Tina Turner” et bien évidemment les “Rolling Stones”.
Un programme alléchant qui doit accueillir 300 000 personnes sur le circuit d’Altamont, un soir de 6 décembre particulièrement glacial.

“IT MUST BE HELL”

Autant vous dire que ce festoche, c’est du bricolage du niveau d’un rustinage de fuite au duct tape un dimanche matin en pantoufles et les balloches à l’air.

Initialement prévu au Golden Gate Park de San Francisco, le groupe est obligé d’y renoncer faute d’autorisation municipale.
Allen Klein, manager des Stones, trouve un circuit et commence le montage mais faute d’accord financier satisfaisant, la scène doit être démontée en pleine nuit par des bénévoles pour être délocalisée au circuit d’Altamont.
Nous sommes la veille du festival et absolument rien n’est prêt : certaines pièces de la scène manquent à l’appel, aucun sanitaire n’est prévu, des postes électriques sont dénudés pour y brancher les groupes électrogènes, le lieu ne dispose d’aucun éclairage, ni secours ou ambulance, les enceintes reposent sur des échafaudages montés à la “Furiani-style”.
Penser contenir 300 000 personnes dans ces conditions est aussi utopique qu’une victoire électorale du communisme.
Mais les organisateurs jouent les “Ray Charles et s’obstinent.

“SYMPATHY FOR THE DEVIL”

Malgré cet aveuglement qui mène à la catastrophe aussi sûrement qu’un tronc sur l’autoroute, on met en place un service de sécurité destiné à protéger la scène, les équipements et les musiciens d’éventuels débordements. 
On choisit de faire appel aux “Hell’s Angels”, un gang de bikers à la réputation sulfureuse, peu exigeant sur les conditions de rémunération : 500 dollars de bières et un peu de LSD !
De toutes les mauvaises idées de cette histoire, celle-ci c’est le haut du gratin, la cerise sur le pompon !
Les “Hell’s” font une entrée fracassante sur le site : grosses cylindrées, battes de baseball et queues de billards apparentes.

Ça fleure la bonne ambiance tout ça… Mais, ce n’est que le début.

“AFTERMATH”

Mes petits veloutés au chèvre frais, vous commencez à entrevoir la catastrophe ?
Dès son arrivée, Mick Jagger se prend une mornifle par un spectateur.
Le groupe sent que l’ambiance est électrique et qu’une minuscule étincelle suffirait à tout embraser.
Les bagarres s’enchaînent et montent en intensité un peu plus à chaque minute qui passe.
L’alcool, la drogue, les affrontements et les “Hell’s Angels” qui semblent les provoquer, les coups que reçoivent les musiciens les forçant à des évacuations musclées. 

Rien ne va plus.

C’est pendant le set de Mick Jagger qu’aura lieu l’événement qui fait basculer Altamont dans l’histoire des désastres.
Un jeune afro-américain nommé Meredith Shelter est poignardé à la suite d’un affrontement avec un membre des Hell’s Angels : Allan Passaro, à quelques centimètres seulement du groupe, effaré. 
Il décédera de ses blessures et l’altercation sera visionnée par des milliers de gens dans le documentaire “Gimme Shelter” des frères Maysles.
Images qui seront d’ailleurs utilisées par la justice lors du procès qui prononce la relaxe de Passaro, celui-ci ayant plaidé la légitime défense, affirmant que le jeune homme en face avait sorti une arme à feu.
Dès lors, plus rien n’est sous contrôle et 3 autres personnes perdront la vie cette nuit-là : un noyé et 2 enfants écrasés dans leurs sacs de couchage pendant la débandade qui s’ensuivra.
Les Stones se voient prestement évacués en hélicoptère, abandonnant au passage une guitare de Keith Richards dont je n’imagine pas la valeur aujourd’hui.
Mama Pitch, en vraie prolétaire, restreint son imagination financière à 3 chiffres…

“PAINT IT BLACK”

Ce mythique fiasco est considéré aujourd’hui comme le dernier clou planté dans le cercueil du mouvement hippie qui a déjà un genou à terre.
En effet, en 69 il a déjà essuyé quelques revers du droit : morts de Janis Joplin, Jim Morrisson, Jimmy Hendrix et surtout le massacre de Cielo Drive par la Manson Family.
Les Stones, quant à eux, déjà très ébranlés par la noyade inopinée de leur guitariste Brian Jones quelques mois plus tôt, restent traumatisés et bouderont les USA pendant près de 3 ans.
Sexe, drugs et festival à la colle, Altamont est un évènement tragique qui fait parti intégrante de l’histoire du rock’n roll et dont il faut retenir la leçon :

300 000 personnes + improvisation + drogue + alcool + motards décérébrés avides de violence
=
“Dirty Work”

Ce pitch touchant à sa fin, Mama Pitch va vous indiquer la sortie.
N’oubliez pas en partant vos liens de la semaine, qui, bien qu’allégés en été, vous prodigueront bien-être, savoir et granitas à la framboise.
Et rappelez-vous, la culture, c’est comme la crème solaire, ça évite de finir en veille valise.

Jasmine.B (Jockey à Belgrade)

LIENS :

Audio :

Vidéo :

  • Un documentaire sur la chaîne Youtube ViDoc (durée 1 heure 48) : « Rolling Stones: la fin de la période hippie« 
  • Le documentaire « Gimme Shelter » des frères Maysles sur la chaîne YouTube de Justin Robertson (durée 1 heure 32) : « Gimme Shelter » où on peut voir l’ambiance délétère du festival.

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