SCIENCES : THERAPIE DE CHOCS

On ne va pas se le cacher, la psychiatrie reste une terreur de l’inconscient collectif notamment à travers de sa thérapie la plus connue : Les électrochocs. Largement méconnue, cette thérapie sauve pourtant des milliers de vies chaque année. Mama Pitch a enquêté pour vous sur ce soin à la vilaine réputation, et vous allez être choqués.

Avant de devenir la rédactrice de Pitchbull, Mama Pitch a exercé de nombreux métiers comme surveillante d’agrafeuses, éleveuse d’annuaires ou encore designer de pinces à linge.
Mais aussi et surtout, la profession d’infirmière en psychiatrie.
Ce que l’on peut dire, c’est que la psychiatrie n’a pas bonne presse mais à l’instar de Mélenchon, ne nous voilons pas la face, elle n’y est pas pour rien non plus.
Commençons par (un peu) d’histoire.

HISTOIRE DE L’ASILE

Le modèle asilaire fait son apparition au cours du XIXème siècle avec l’idée d’extraction du patient de son environnement, de son milieu social et plus globalement de la société.
C’est ainsi que va naître un beau bébé d’un demi-siècle : le concept d’internement.
Avouons que ça n’aide déjà pas à rendre la psychiatrie sympathique, même si on lui met un petit chapeau.
Une connerie n’arrivant jamais seule, on a pu dénombrer un grand nombre d’internements abusifs cachant souvent d’obscures raisons pécuniaires de détournements d’héritage ou encore de musellement d’agitateurs.
Il faut dire aussi que les conditions d’accueil étaient souvent déplorables et les traitements pratiqués pas toujours très orthodoxes.
Bref, la psychiatrie traîne ses casseroles et ce n’est pas pour faire de la béchamel.
Mais, après la seconde guerre mondiale et le fiasco des asiles à pouvoir nourrir leurs pensionnaires entraînant le décès par inanition de nombreux patients dont les familles ne voulaient plus, l’institution s’interroge sur elle-même et annonce l’avènement du mouvement anti-asilaire. 
En gros, les professionnels commencent à réaliser que l’internement doit être dans la mesure du possible, une option de dernière intention et surtout doit être séquentielle. 
Bon, je ne vous cache pas que certains patients passent leur vie à l’hôpital faute de structures pouvant les accueillir mais c’est un autre sujet, aussi épineux que mes demi-jambes après une semaine sans rasoir.
Pour éviter aux patients de se chroniciser et d’être complètement déconnectés de la vie sociétale, il faut que les traitements médicamenteux soient beaucoup mieux ajustés et les hospitalisations les plus courtes possibles.
Et ça tombe bien ! De nouvelles molécules font leur apparition et offrent un confort de vie supérieur aux traitements antérieurs.
Fini les trépanations, cure d’insuline et électrochocs !

Pour ces derniers, n’en soyez pas si sûrs.

LES ÉLECTROCHOCS 2.0

Bon, mes mini burgers au cheddar, soyons honnêtes.
Si je vous dis électrochocs, vous pensez directement à ca :

Vol au dessus d’un nid de coucou-Miloš Forman-1975

Et je ne peux pas en vouloir… D’abord je vous aime trop, mais surtout le cinéma a largement contribué à véhiculer une image cruelle de cette thérapie.
Pour autant, soyons critique, il y a eu de véritables dérives.
Inventée à la fin des années 30 par deux médecins italiens, Ugo Cerletti et Luco Bino, les électrochocs vont très vite montrer des résultats spectaculaires dans certains cas.
Le problème c’est que, comme les algorithmes, on ne sait pas vraiment comment ça marche mais on en fout partout. 
Et donc, très rapidement, on va penser que cela peut soigner toutes les maladies mentales, plus réfractaires que le départ de Kevin pour le lycée.
On les catégorise dans ce qui s’appelait autrefois “les thérapies de choc” (original hein ?)
Mais aujourd’hui, les électrochocs tentent de redorer leur blason aussi fort que les lobbys du fast-food.

Aujourd’hui, ce soin porte le nom d’ ÉlectroConvulsivoThérapie (ECT pour les intimes) ou sismothérapie.
Le principe diffère peu de l’époque mis à part un GROS détail : ils sont pratiqués sous anesthésie générale, curarisation et avec le consentement du patient (sauf cas exceptionnels). En effet, nous verrons plus bas, que certaines pathologies sont si graves que le malade n’est pas en mesure de donner son consentement ou quoi que ce soit d’ailleurs.
Loin des équipements archaïques de l’époque et des pièces discrètes aux allures de geôles, la sismothérapie est aujourd’hui réalisée dans des conditions aussi rigoureuses qu’une opération chirurgicale classique, et avec une équipe pluridisciplinaire.

ECT MODE D’EMPLOI

On commence par installer le patient sur un brancard, ensuite vient la phase de curarisation puis l’anesthésie qui ne dure pas plus d’un quart d’heure et enfin les chocs par l’intermédiaire de 2 électrodes.
Ces stimulations électriques répétées sont de très courte durée (moins de 8 secondes) et présentent une faible intensité (8 ampères en moyenne). 
La curarisation consiste en une injection de curare qui entraîne une paralysie musculaire généralisée ce qui implique une ventilation au masque puisque les muscles respiratoires sont eux aussi affectés.
Il faut savoir que c’est un produit utilisé dans de nombreuses opérations chirurgicales communes dans le but de faciliter l’intubation en inhibant notamment le réflexe nauséeux qui protège les voies aériennes en cas d’obstruction par un corps étranger. On l’utilise également pour les examens tels que les gastroscopies ou bronchoscopies (endoscopie des bronches).
Ce procédé n’est donc pas exclusif à la sismothérapie, mais dans ce cas précis, il sert à inhiber le spasme électrique qui provoque une contraction violente et subite des muscles qui, lorsqu’on ne pratiquait pas encore sous anesthésie, pouvait entraîner de graves fractures. 
Sans compter la contention manuelle, par 5 ou 6 infirmiers ténébreux et musclés, qui provoquait souvent des blessures.
L’avènement de l’anesthésie a également changé le paradigme de cette thérapie : on ébranle plus un individu mais un organe.
– D’accord Mama, mais pourquoi ébranler le cerveau ? Il y a CNews et la télé-réalité pour ça.

C’est vrai, mais contrairement à Nabilla, la sismothérapie participe à la création de nouveaux neurones. Et nous allons voir comment.

VICES ET VERTUS

Comme souvent en neurologie et en neuropsychiatrie, on découvre les solutions avant de comprendre comment ça marche réellement. 
Des études sont toujours en cours et, comme avec PitchBull, on en apprend tous les jours.
Le but d’une séance d’électroconvulsivothérapie est de provoquer une crise d’épilepsie sous contrôle médical et en réduisant ses effets secondaires au maximum.
Cette crise est alors due à l’activation simultanée de toutes les cellules nerveuses et, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce ne serait pas le stimulus électrique qui serait efficient… mais bien les mécanismes de réponse du cerveau à endiguer cette épilepsie.
On peut en effet observer l’évolution des résultats au scanner.
Les résultats sont spectaculaires et sont ressentis par le patient environ deux jours après les séances. 
On observe une amélioration de la transmission des neurones et la crise epileptique permet une décharge des différents neuromédiateurs (dopamine, serotonine, etc…) au niveau des synapses et donc une sorte de remise à zéro. Un reset quoi…
Au fil des séances on observe alors une transformation des récepteurs de neurotransmetteurs qui deviennent plus sensibles et donc plus efficaces.
Certaines recherches tendent à chercher dans ce processus de guérison le rôle de l’hippocampe, largement impliqué dans la dépression.
Les recherches se poursuivent et intéressent de plus en plus de professionnels de la santé mentale au vu des résultats extraordinaires de cette thérapeutique.
C’est donc ainsi que le patient stimulé par sismothérapie va constater des résultats entre 6 et 8 semaines après le traitement, temps nécessaire à la fabrication de nouveaux neurones.
Bon d’accord, mais t’essaierais pas de nous vendre les électrochocs comme remède miracle quand même ?
Et bien oui… et non.
Cette thérapie s’exerce dans certains cas bien précis et ne convient pas à toutes les pathologies. Elle s’adresse aux patients atteints de dépression grave comme la mélancolie.
Attention ! Je ne parle pas des soirs de pluie où tu regardes par la fenêtre en rêvant d’une autre vie. 
La mélancolie est un type de dépression gravissime qui, au-delà d’une souffrance psychique inégalable, entraîne de graves problèmes somatiques allant même jusqu’à la catatonie où les fonctions corporelles se ralentissent souvent jusqu’à l’arrêt.
Ce sont les formes de dépression les plus graves et leur morbidité difficilement objectivable puisque les causes de décès sont très diverses.
On peut également traiter les formes résistantes de troubles bipolaires, dont la phase dite dépressive est extrêmement handicapante, paradoxalement à cause des phases dites maniaques. 
C’est compréhensible. En phase maniaque, l’humeur est exaltée, le patient se sent surpuissant et invincible et donc quand la dépression se pointe, l’écart entre ces 2 états rend la dépression deux fois plus pénible. 
On passe de Superman à Droopy… Une véritable douche écossaise de l’humeur.


[NDLR : Ces dépressions extrêmes sont assez caractéristiques de la psychose de ce que je sais. 
Les choses changent très vite dans ce domaine et il est possible que je doive rafraîchir la page, aussi je vais m’arrêter là avant de dire des bêtises de Cambraix.]

Pour en revenir à l’ECT, celle-ci doit répondre à des critères bien précis, d’ailleurs, les directives internationales la préconise en dernière intention après l’échec de 2 ou 3 thérapies médicamenteuses et institutionnelles.
D’autant que comme toute thérapeutique, il existe des risques et des effets indésirables…
Le risque principal est justement lié à l’anesthésie car c’est une thérapie qui nécessite de l’entretien. 
J’entends par là que pour que les effets soient pérennes, il faut faire des séances régulièrement… Ce qui multiplie le nombre d’anesthésies qui, comme nous le savons, sont aussi bonnes pour le corps qu’un petit shoot de mercure dès lors que l’on en abuse.
Si tu ne me crois pas, demande à Michael Jackson.
Les effets secondaires, quant à eux, même s’ils ne sont pas nombreux, sont quand même assez perturbants. 
Le plus fréquent est sans nul doute une perte de mémoire d’intensité variable et assez souvent réversible mais que certains patients trouvent terriblement angoissante. 
Pour la plupart, ils ne se souviennent ni de la séance, ni du trajet de retour à leur domicile. Et quiconque a déjà vécu ce genre de chose avec l’alcool peut attester la désagréable sensation d’avoir des bouts d’histoire manquants.
Cela entraîne aussi une fatigue extrême pendant les deux jours qui suivent, facilement explicable par les mécanismes neuronaux mis en place et les efforts qu’ils nécessitent.

UNE BALANCE DÉSÉQUILIBRÉE

Alors oui, il y a donc des effets secondaires et des risques mais il faut se rappeler que les traitements médicamenteux en psychiatrie sont avec la chimiothérapie, ceux présentant le plus d’effets secondaires. 
Je ne vais pas vous les énumérer ici, je vous rassure. 
Mais sachez quand même mes petits chèvres au basilic qu’un traitement neuroleptique à vie peut énormément amputer l’espérance de vie (je n’ai pas trouvé de chiffres, mais entre collègues on a l’habitude de compter entre 5 et 10 ans) même si de grands progrès ont été faits. 
Les anxiolytiques et les somnifères entraînent une dépendance et les antidépresseurs perdent leur efficacité au cours du temps, sans compter le mélange de toutes ces classes de médicaments. 
Les effets secondaires peuvent affecter toutes les fonctions du corps et sont particulièrement spectaculaires sur des sujets neuroleptisés au long cours, entraînant une grande comorbidité.
Ce qui ne veut pas dire qu’un patient traité par sismothérapie n’aura pas un traitement allopathique concomitant mais il sera sans doute allégé.
Finalement, il n’est pas étonnant que 85% des patients traités en soient satisfaits et retrouvent un confort de vie interdit jusqu’alors. 
Certains parlent d’un réel retour à la vie et les témoignages de proches sont également assez unanimes.

CONCLUSION

Si cette thérapie a longtemps été utilisée à tout va et sans aucun cadre, elle permet aujourd’hui d’offrir une lueur d’espoir à des patients de vivre une vie la plus normale possible.
Malheureusement, son histoire et l’image qu’en a dépeint la contre-culture pendant des années et encore aujourd’hui, éloignent certains malades de cette thérapeutique.
On trouve encore aujourd’hui sur internet des pétitions réclamant leur interdiction souvent accompagnées d’arguments faux et d’inexactitudes en tout genre.

Sensationnaliste mais complètement faux.

D’autant que d’autres thérapeutiques inspirées de ces mécanismes sont en train de se développer telle que la RTMS (stimulation magnétique transcrânienne) qui montre une certaine efficacité sans nécessiter d’anesthésie préalable.
J’espère que votre Mama Pitch vous en aura appris plus sur l’électroconvulsivothérapie et que vous pourrez répandre autour de vous le flux de la connaissance et stimuler les neurones des ignorants.

Ce pitch exceptionnellement long est à présent terminé, vous pourrez très bientôt quitter la salle de réveil aussi fringant qu’un poney sous endorphine !
Voici les liens de la semaine boostés aux batteries Lithium et autres cordons d’alim pour une connaissance alternative en continu.
Car savoir, c’est pour voir.

Jasmine.B (monitrice de ski à Cancun)

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