INSOLITE : Sagrada Familia, éloge de la lenteur

Situé au cœur de Barcelone, cet édifice défie les lois de la temporalité avec un chantier de près de 140 ans au compteur…et c’est pas fini. Aujourd’hui on se penche sur l’œuvre phare d’Antoni Gaudi : La Sagrada Familia.
Le chantier le plus long de l’histoire est interdit au public mais mettez vos casques jaunes, Mama Pitch a ses entrées.

Mama Pitch, en bonne fêtarde baroudeuse, a plus d’une fois posé ses espadrilles à Barcelone. Mais la plus notable de ces excursions fut sans doute la dernière en date, où j’ai appris un tas de choses : Il peut faire (vraiment) froid en Catalogne, leur viennoiseries sont immondes mais surtout j’ai découvert l’œuvre de Gaudi à travers le fameux Parc Güell et l’impressionnante Sagrada Familia.
On m’avait prévenu qu’il s’agissait d’une basilique atypique, mais les bras m’en sont quand même tombés.
Ne parlant pas un broque d’espagnol (j’ai choisi allemand LV1, mon plus mauvais choix avec celui de mon ex-colocataire), il est vrai que j’ai eu du mal à rassembler les informations sur place et j’ai donc dû faire mes propres recherches.

Et comme Mama Pitch vous aime mes petits toasts au kiri, elle va vous en faire profiter.

DES JOSEPH COMME S’IL EN PLEUVAIT

En décembre 1881, un monsieur du nom de Joseph Maria Bocabella achète pour une bouchée de tortilla un petit îlot de maisons en plein cœur de Barcelone, et ce, à la demande de l’association des suppôts (dévots pardon) de St Joseph.
Loin de vouloir en faire un AirBNB, cette propriété est destinée à la construction d’un temple expiatoire à la gloire de la Sainte Famille.
Un projet d’église de style néogothique…rien de bien novateur.
La première pierre est posée le jour de la St… Joseph.
L’architecte chargé de la construction n’est autre que Francisco de Paula Del Villar y Lozano au nom aussi long que les travaux qui s’ensuivront.
Mais…des dissensions éclatent. Personne n’arrive à se mettre d’accord.
Encore là, dans la religion catholique, rien de neuf.
C’est alors qu’un jeune architecte d’à peine 31 ans est recommandé : Antoni Gaudi.

SECOUONS TOUT CA

Gaudi, fervent catholique compte effectivement ériger une basilique mais… à sa manière.
Il imagine pour la Sagrada Familia une architecture novatrice à tendance naturaliste et moderniste. Il voit alors les choses en grand : 5 nefs, 3 façades, 18 tours, dont la plus haute symbolisant le pauvre Jésus, culminera à près de 172 mètres !
Pour autant, Gaudi n’est pas un mégalomane. En effet, la plus haute tour ne doit pas dépasser la colline Montjuïc qui culmine à 185 mètres. 
Pourquoi ? En tant que catholique respectueux, Gaudi estime qu’une œuvre humaine cherchant à dépasser une œuvre divine serait un pêché d’orgueil. Ce qui serait un comble pour un temple initialement expiatoire…
Le projet, suscitant un enthousiasme colossal du promoteur, est signé en décembre 1884 dans la chapelle St…(si tu n’as pas répondu, relis, tu as dû louper quelque chose).
Exact ! Encore Joseph.

Pour réaliser sa vision, Gaudi devra concevoir de nouvelles façons de supporter les voûtes et repousser les limites des constructions de l’époque.
Il crée alors des colonnes ajourées en forme d’arbres qui, en plus de transférer le poids directement aux fondations, vont permettre de laisser passer la lumière, offrant à la nef principale, une luminosité à nulle autre pareille.

Nef Principale

Toujours dans un but d’éclairage optimal, il choisit pour les fenêtres une forme d’hyperbole destinée à potentialiser la diffusion de lumière naturelle.
Comme vous pouvez le voir, notre Antoni conçoit ainsi la nef comme une forêt enchanteresse et inaugure alors une géométrie inédite dans le domaine architectural.

Pour les façades, il choisit de représenter les trois étapes de la vie du Christ : La Nativité, La Passion et la Gloire.
Gaudi, comme Léonard de Vinci (dont je vous parle ici), s’inspire de la nature pour créer des escaliers en colimaçon “coquillages”, des ornements animaliers, et le fameux “Arbre de vie”.
Les clochers, conçus pour diffuser le son dans toute la ville, sont tous destinés à recevoir une cloche tubulaire différente multipliant ainsi les possibilités mélodiques.
Les couleurs sont au centre de la Sagrada Familia où les teintes vives et douces coexistent avec succès.
Gaudi le sait. Il ne verra jamais son œuvre achevée, et bon, même 130 ans après… on ne peut pas vraiment lui donner tort d’autant qu’il n’aura pas été le seul.
Cela ne l’empêchera pas d’y consacrer exclusivement les 12 dernières années de sa vie.
Si il y a bien une chose que nous Pitchbull nous a appris, c’est qu’un visionnaire est aussi difficile à arrêter que Carlos Ghosn.
Souvenez-vous : De Vinci, Sarah Winchester, Van Gogh et maintenant Gaudi.
Il se contente de peu, dort dans la basilique et passe tout son temps dans son petit bureau aménagé en atelier.
Mais en plus d’être bon architecte, Gaudi est aussi rusé qu’un renard. 
Il sait que si la basilique venait à être fonctionnelle, très vite, les travaux cesseraient et sa vision serait alors considérée comme…facultative.
Il conçoit alors les plans et découpe le chantier de manière à prioriser des parties non utilisables comme les tours. Malin comme un singe (et je ne dis pas ça à cause de sa pilosité faciale)!

Cela explique en partie, mes petits chèvres panés, que la Sagrada Familia ne soit toujours pas terminée !

CEUX QUI M’AIMENT (NE) PRENDRONT (PLUS) LE TRAM

Mais voilà, en 1926, tout s’écroule suite à la violente rencontre de Gaudi et d’un tram. Méconnaissable, il est d’abord pris pour un indigent et personne ne veut le conduire à l’hôpital.
Les autorités l’y dépose donc et les médecins, le sachant condamné vont s’en désintéresser, jusqu’à ce qu’un chapelain le reconnaisse.
Malheureusement, il est trop tard. Victime d’une hémorragie cérébrale, Gaudi s’éteint 72h plus tard, le 10 juin.
Ses disciples, les paroissiens, Barcelone et plus généralement, tout le pays sont en deuil.
Pour lui rendre hommage, il est décidé que son œuvre verrait le jour.
Peu importe le temps que cela prendra…
Et le temps a été pris, vous en conviendrez. 
D’autant que les plans sont terminés et des centaines de maquettes ont été façonnées par Gaudi, comme autant d’instructions à disposition pour concrétiser ce projet colossal.
Un de ses assistants, Domènec Sugrañes, est donc choisi pour perpétuer la vision de son maître, ce qu’il s’emploiera à faire jusqu’en 1936 en érigeant 3 tours et en terminant la façade de la Nativité.

CASH PISTACHE, MOLLO FRANCO !

Mais voilà, comme vous le savez, l’Espagne connaît en 1936 une révolution sociale suivie d’une guerre menée par un bonhomme pas très sympa et assez peu ouvert au dialogue : le Général Franco.
Et devinez quoi ?
L’ Eglise catholique approuve et appelle à une guerre sainte pour revenir à ce qu’on peut appeler leurs fondamentaux.

En réponse donc, des groupuscules anti-cléricaux s’attaquent aux symboles catholiques.
La Sagrada Familia ne fait pas exception et le bureau de Gaudi est incendié.
Le papier étant un matériau à tendance légèrement inflammable, les plans partent en fumée ainsi que les croquis. Les maquettes quant à elles, explosent sous l’effet de la chaleur et le seul héritage de Gaudi est éparpillé “façon puzzle”.

Sachez mes champignons à la vanille de Madagascar, que les artistes rattachés au projet les reconstituent encore aujourd’hui, aidés par de nouvelles technologies telles que l’impression 3D ou encore certains logiciels de projection.

Les travaux sont bien évidemment stoppés jusqu’à la fin du conflit en 1944, mais quand il s’agit de s’y remettre, la tâche devient ardue (enfin encore plus ardue).
Il faut redéfinir un plan d’action pour la poursuite de l’œuvre de Gaudi mais en restant le plus fidèle possible à sa vision d’origine, aussi alambiquée que les arguments d’un “anti-vax”.
Plusieurs architectes vont s’atteler à cette tâche titanesque : Francesc Quintana, Isidre Puig i Boada et Lluis Bonet i Gari.
Quant aux sculptures, c’est l’artiste Jaume Busquets, disciple de Gaudi, qui s’y colle.
L’association des dévots de Saint Joseph, vote la construction de la prochaine façade : ce sera…La Passion.
Les travaux de fondations des tours commencent alors et s’achèveront en 1976, célébrant ainsi le 50ème anniversaire du match Gaudi/Tram.
Je vous le dis tout de go, la façade de La Passion va en déchaîner quelques-unes…
L’artiste Josep Maria Subirachs choisi pour le job, va surprendre par son style résolument contemporain et très anguleux, que beaucoup considèrent très éloigné de la vision initiale de Gaudi.

-Facade de la Passion-

Je vous rassure (ou pas d’ailleurs), aujourd’hui, elle fait partie intégrante des spécificités de l’édifice et subjugue tous les visiteurs par sa singularité, votre Mama Pitch en tête.

C’EST PAS BIENTÔT FINI OUI ?!

En 1987, l’architecte Jordi Bonet i Armengol reprend le bébé, mais certaines faiblesses structurelles doivent être renforcées, rallongeant encore un peu plus les délais de construction.
Il serait dommage que ça s’effondre avant la fin, sachant qu’une bonne partie des habitants de la planète attendent de voir si cette basilique sortira un jour son « director’s cut« .
Jordi Faulí i Oller lui succède et se charge, aujourd’hui encore, de la coordination des différents chantiers.
En 2005, la Sagrada Familia est classée au Patrimoine de l’Unesco et sera enfin ouverte au culte en 2008.
Rien ne sert de courir paraît-il.
Le versatile Pape Benoît XVI, venu en papamobile, la consacre en 2010.
Anecdote amusante, le permis de construire réclamé par les assurances au vu de la proximité du chantier avec le public, fut délivré le 07 juin 2019 par la municipalité de Barcelone.
Mieux vaut tard que jamais…
Initialement prévue en 2026 pour le centenaire de la mort d’Antoni Gaudi, la conclusion des travaux a dû être repoussée d’un an et demi, et ce en raison d’un petit virus qui a envoyé tous les humains du monde réfléchir dans leur chambre.
Certains médisants font courir la rumeur que cette basilique ne sera jamais achevée, mais c’est évidemment sans compter sur tous les participants au projet, animés d’une volonté sans égale et du désir ardent de concrétiser l’œuvre du grand Gaudi, qui repose d’ailleurs dans une salle de la basilique interdite au public.

Aujourd’hui, la Sagrada Familia attire près de 3 000 000 de visiteurs chaque année, permettant ainsi de financer la construction dont on tarde (légèrement) à voir le bout.

CONCLUSION

Cette aventure Barcelonaise devrait, si tout se passe comme prévu, connaître son épilogue en 2028/2029.
Mais dans le bâtiment, la ponctualité est un concept légèrement flou et on peut dire sans se tromper que la “Sagrada Familia” non seulement ne fait pas exception, mais elle tient sans doute la 1ère place du classement des retards de chantier.
Loin d’être une tare, cette durée de construction élastique lui donne un côté mystique et mystérieux, faisant de cet édifice un feuilleton à rebondissement qui passionne la planète entière, et dont la conclusion ne manquera pas de créer l’évènement.
Je vous invite vraiment à prendre le temps, lorsqu’elle aura rouvert, d’aller la visiter (attention à acheter les billets avant !), si d’occasion, vous étiez tentés d’aller déguster quelques tapas à Barcelone.

La visite étant terminée, vous pouvez retirer vos casques et reprendre votre vie que je vous souhaite au moins aussi longue que la durée de construction de la basilique de Gaudi.
Mama Pitch doit vous laisser, elle a pris beaucoup de retard dans ses dévotions dominicales (environ 37 ans).
Dans le cadre de la charte « un article, des liens », nous vous proposons une culture générale aux fondations érigées en arborescence classique mais résolument moderne.
Pensés dans les moindres détails, ces liens vous offriront une percée culturelle pour vos évènements mondains.
Pitchbull, des liens de qualité pour une cérébro-construction responsable en temps et en heure.

Jasmine.B (la voisine de Simone)

LIENS :

Tout d’abord le site officiel sagradafamilia.org qui vous offre la possibilité d’une visite virtuelle d’une grande qualité visuelle.
Allez-y les yeux fermés…enfin non, ouverts. Bref, allez-y !

Lecture :

Audio :

Vidéo :

  • Un numéro de « Invitation au voyage » par ARTE Découvertes (durée : 14 minutes) : « L’autre Espagne de Gaudí« 
  • Un reportage de l’émission « Des racines et des ailes » (durée : 32 minutes) : « Le rêve de Gaudi« 

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